La maison du congrès de la Soummam

ifri.jpgDans à peine une vingtaine de mètres carrés a été déterminé le sort de 2,3 millions de kilomètres carrés. A Ifri Ouzellaguen, dans la vallée de
la Soummam, à quelque 11 km du chef-lieu de la commune d’Ighzer Amokrane, se dresse humblement et glorieusement la maison qui accueillit le congrès du 20 août 1956. Bien conservée, la demeure typique de la région semble observer et jauger les fruits de son hospitalité. Dominant la vallée à plus de 800 mètres d’altitude, elle est le témoin neutre et solide d’une phase décisive dans la naissance d’une Algérie libre et indépendante. Si ses murs pouvaient s’exprimer, ils diraient ce qu’était la révolution nationale. Si son toit avait le droit à la parole, il renseignerait sur les hommes qu’il a abrités. Mais l’Histoire est racontée par une créature au sang chaud, l’être humain, avec ses qualités et ses défauts. Malheureusement, la science n’a pas encore atteint le stade de comprendre la langue des objets. Même si la matière a une mémoire propre (théorie de Henri Bergson, ou le cas des alliages à mémoire de forme), les seuls messages que peut transmettre le «gourbi» frappent l’œil et interpellent l’imagination.

Construite par les mains des hommes avec de la terre glaise, de la bouse de vache et des feuillages, la demeure renseigne sur la condition de vie des frères Bahnous, de Mohand Amokrane (martyrs de la révolution) et de Mohand Ameziane (moudjahid décédé après l’indépendance). Deux chambres séparées, non communicantes, d’une dizaine de mètres carrés chacune, accueillaient deux familles. Identiques, basiques, sans aménagements particuliers, en dehors d’un petit muret d’une cinquantaine de centimètres accolé à la cloison de fond et qui devait servir en même temps d’étagère et de banc pour s’asseoir, les deux salles expriment la misère. «C’est dans la salle de droite que s’est tenu le congrès», indique Hakim, le responsable du musée d’Ifri. Dès les premiers pas à l’intérieur, une sensation plus violente que la fraîcheur d’une journée torride, l’«aura» (atmosphère immatérielle) des lieux, fait baisser la tête en signe de recueillement et de reconnaissance. La salle semble vouloir saisir le visiteur à bras-le-corps et raconter, des jours durant, les événements qu’elle a vécus. Comme à un sourd, elle lui présente ses murs recouverts à la main, son sol dénudé et ses meubles rudimentaires, à lui de faire l’effort de comprendre.

Au milieu, six tabourets rapidement confectionnés avec quelques planches de bois d’une vingtaine de centimètres de haut entourent une «meida» (table basse) de la même hauteur. Juste assez pour se poser mais pas assez pour se reposer. Qui a dit que les grandes décisions se prenaient dans les grands palaces ? «Regardez bien les lieux. C’est ici que de grands hommes de la guerre d’indépendance se sont réunis pour décider du sort de l’Algérie. Ils se sont assis sur des tabourets que des enfants de 7 ans n’accepteraient pas d’utiliser. C’est la preuve de l’humilité de ces gens», nous dit un septuagénaire assis à l’intérieur de la chambre comme pour traduire dans la langue des hommes l’histoire que veut raconter le gourbi. Ancien moudjahid, le vétéran a tenu à garder le secret sur son identité et ses faits d’armes. En pèlerin, il dit venir souvent s’y recueillir.

La maison de
la Soummam n’a pas changé et n’a pas dénoncé. Elle a été une maison de la révolution. En plus de sacrifier ses propriétaires à la juste cause, elle a su protéger les congressistes. Elle n’a pas trahi comme la mule d’Ighil Ali. Chargé de documents top-secret concernant l’organisation du congrès censé avoir lieu dans le village précédemment cité, par le colonel Amirouche, l’animal se dirige vers une caserne de l’armée coloniale. Les militaires français, au courant du projet, ratissent la région et resserrent l’étau. Devant l’imminence de l’arrivée des congressistes, il fallait faire vite pour trouver l’endroit idoine. La demeure des frères Bahnous a donc, en raison de sa discrétion, de sa modestie, de son parti pris pour le FLN et de son voisinage acquis à l’esprit révolutionnaire, attiré les moudjahidine qui s’y réunirent.

Avant de porter son choix définitif sur la maison, plusieurs villages de la région ont été sollicités. Plus de 3 000 moudjahid ine ont été mobilisés pour sécuriser la région, dont certains étaient chargés d’effectuer des attaques sporadiques pour détourner l’attention de l’ennemi. Dans le secret le plus total, «personnes ne savait à l’époque ce qui se passait à l’intérieur», témoigne Da Idir, 79 ans, habitant du village, le congrès durera 14 jours. «Toute la région était surveillée par les moudjahidine. Les habitants du village n’avaient pas le droit de se déplacer, sauf autorisation. Seuls les officiers de l’ALN pouvaient savoir ce qu’on faisait dans la maison. Même les djounoud l’ignoraient», affirme le vieil homme. Sa mauvaise vue l’empêchant d’être enrôlé dans l’ALN, Da Idir dit avoir aidé les révolutionnaires comme il le pouvait. «Je contribuais avec le peu de moyens que j’avais, en donnant “rabiine dourou” [200 anciens francs] à chaque collecte d’argent.»
LARBI BEN M'HIDIABANE RAMDANE
Abane Ramdane (représentant du FLN), Larbi Ben M’hidi (Oranie), Krim Belkacem (Kabylie), Amar Ouamrane (Algérois), Zighoud Youcef (Nord-Constantinois), Ben Tobal (adjoint de Zighoud) se sont réfugiés dans la maison de
la Soummam pour donner le «la» à la marche à suivre vers l’indépendance du pays. Organiser la lutte nationale pour «détruire le régime anarchique de la colonisation, pour la renaissance d’un Etat algérien sous la forme dune république démocratique et sociale», est-il noté dans la plate-forme entérinée par les six. Une plate-forme qui a cerné, structuré et charpenté tous les volets inhérents à la lutte d’indépendance. Les aspects organisationnels, politiques, militaires, jusqu’aux conditions et comportements des chefs en cas de négociations avec l’ennemi, ont été tracés.

«Nous avons souffert des conséquences du congrès», témoigne Da Idir. Moins d’un mois après la tenue de l’événement, l’armée coloniale, dans toute sa sauvagerie, a bombardé la région par avions. Le bombardement a fait plus de 17 morts en une journée. La brutalité du colonisateur a été sans limite. Plus de 30 000 soldats français ont ratissé les lieux. «On vous a fait confiance mais vous êtes tous des fellagas», disait un officier français aux gens du village. «Nous avons caché les congressistes, donc nous étions complices et nous devions payer», poursuit Da Idir. «En 1958-59, il n’y avait plus personne dans le village. Tous les habitants ont été déplacés. C’est ce qu’on avait appelé l’opération Jumelles». Sur l’après-indépendance, le vieil homme a un regard clair malgré sa mauvaise vision. «C’est mieux. Mais ma vie n’a pas  tellement changé. Même si je n’ai pas porté les armes, je suis quand même un résistant, à l’image de tout mon village. On a tout donné et rien reçu. D’autres ont bénéficié à notre place. Je perçois à peine 1 000 DA par mois d’“el doula” [l’Etat]. Je ne suis ni moudjahid ni rien», se lamente Da Idir devant la statue en pierre de Abane Ramdane.

Aujourd’hui, la maison de
la Soummam et le chemin tortueux qui mène à l’entrée de la bâtisse sont bien entretenus. Maintenant, on y accède par de longs escaliers qui traversent des gradins destinés à accueillir les spectateurs et les écoliers qui viennent assister à des spectacles organisés aux dates historiques. Un musée construit récemment a aussi ouvert ses portes depuis 2006, racontant à sa manière la guerre de l’indépendance nationale. Des photos de chouhada, de personnalités importantes du FLN et de l’ALN, des événements importants, et l’attraction du musée «le treillis du colonel Amirouche Aït Hamouda» y sont exposés. A côté de la galerie sont entreposés des débris d’avions, de camions de guerre et d’obus.

Malgré une chaleur suffocante en cette journée d’août, des familles sont venues visiter le site. «J’ai appris par cœur ce qu’on m’a enseigné à l’école sur le congrès de
la Soummam, mais, aujourd’hui, je suis incapable de vous dire quels ont été les points les plus importants», déplore un adolescent descendant d’une famille de révolutionnaires et de martyrs, les frères  Ouddak. Venu en compagnie de son père habitué des lieux, de sa mère, de son frère et de sa sœur, l’adolescent se réjouit à la vue des portraits de son grand-père et de ses oncles affichés dans le musée.

«On a beaucoup de visiteurs. Des étrangers, des immigrés et des concitoyens venus des quatre coins du pays viennent voir la maison du congrès et le musée», témoigne Hakim, le responsable du musée. Sous la tutelle du ministère des Moudjahidine, l’accès à cet endroit  historique reste gratuit.Une fausse note reste quand même à souligner : la signalisation et l’annonce du musée sont pratiquement inexistantes. En dehors d’une pancarte mal positionnée au niveau du village d’Ighzer Amokane, rien n’indique l’endroit. Par ailleurs, avec le temps, l’accès au site y voit érigées de nouvelles bâtisses qui font de l’ombre aux quelques habitations typiques d’antan ayant résisté au vent et au temps mais contrastant avec le nouveau mode de construction sous l’œil observateur de la maison de
la Soummam qui, un jour, peut-être grâce à la science, racontera son histoire. 


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Le congrès de la Soummam:20 août 1956

CONGRE DE LA SOUMAMLe congrès de
la Soummam fait figure de jour historique de la révolution algérienne ; il a été déterminant pour sa réussite. La charte adoptée à son issue a doté la révolution des structures qui lui manquaient -division de l’Algérie en six wilayas ou états-majors-, consacré le FLN comme seul représentant du peuple algérien et, surtout, le fondement de «la primauté du politique sur le militaire». Il a également consacré la mise en place d’une administration civile (mariage, règlement des conflits personnels, enregistrement des naissances, collecte d’impôts, etc.).

Le congrès a eu lieu le 20 août 1956 dans la maison forestière d’Ighbal, à Ifri, commune d’Ouzellaguen, sur la rive gauche de
la Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou. Les prémices du congrès avaient commencé au lendemain des attaques dans le Nord-Constantinois, selon les contributions d’historiens (voir Ali Cherif Deroua, ancien responsable au MALG). Au lendemain des événements du 20 août 1955, dont il n’avait aucune information, Abane avait entamé un échange épistolaire avec les dirigeants des différentes zones et des responsables à l’extérieur, au Caire, pour la tenue d’une réunion des responsables de la révolution. Zighoud Youcef donna son accord, se proposant même de l’organiser dans sa zone et d’en assurer la sécurité. Cette réunion est la suite logique de celle prévue pour janvier 1955 par les six pères de la révolution avant même son déclenchement. Elle devait permettre de faire le bilan des opérations et de coordonner leurs actions.

ABANE RAMDANEOrganisé principalement par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, ce congrès a débuté le lundi 20 août 1956 à 8h avec six personnes, selon le procès-verbal de la première séance. Ben M’hidi, représentant de l’Oranie (président de séance), Abane Ramdane, représentant le FLN (secrétaire de séance), Omar Ouamrane, représentant l’Algérois, Krim Belkacem, représentant
la Kabylie, ayant assuré la prise en charge logistique et la sécurité du congrès dont il était l’hôte, Zighoud Youcef, représentant le Nord-Constantinois, Lakhdar Bentobbal, adjoint de Zighoud. En dehors des séances, les six membres présents se retrouvaient chacun avec d’autres membres de sa zone : Ali Kafi et Mostefa Ben Aouda avec Zighoud et Bentobbal, Saïd Mohammedi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone 3), Dehiles, si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah avec Ouamrane. (Source fondation Ben Khedda).

Le congrès comptait aussi des absents, dont les représentants de l’Ouest algérien, de l’Aurès (Mustapha Ben Boulaïd), du Sud algérien (Si Cherif, excusé après avoir adressé son rapport à la réunion). L’absence du représentant des Aurès est due au fait qu’avec la mort de Ben Boulaïd, la zone 1 traversait une crise de pouvoir entre Abbas Laghrour, Adjel Adjoul et Omar Ben Boulaïd, chacun prétendant succéder à Mustapha Ben Boulaïd. Omar Ben Boulaïd, ayant reçu l’invitation, s’est présenté début de juin 1956 en zone 3 où il a rencontré Krim sans le mettre au courant de la mort de son frère ni de la crise dans la zone.

En ce qui concerne l’Oranie, Larbi Ben M’hidi était revenu au Maroc venant du Caire le 21 avril 1956. Après un séjour de dix jours à Oujda et des réunions quotidiennes avec Boussouf, il avait quitté le Maroc en franchissant à pied la frontière pour prendre le train Tlemcen-Oran. Le 6 mai, il prenait le train de nuit Oran-Alger dans un wagon couchette pour arriver dans la capitale le lundi 7 mai 1956 à 7h, avec en poche une somme de 300 000 francs avec laquelle il pouvait, en cas de contrôle, justifier son standing de commerçant et pourquoi pas acheter le silence d’un contrôle d’identité imprévu. A sa descente du train, à la gare de l’Agha, il était attendu par un monsieur à lunettes, portant un manteau noir et un chapeau sur la tête : Benyoucef Ben Khedda sous la fausse identité de M. Albert Molina, juif et commerçant, habitant Alger. Il avait choisi cette identité de juif pour deux raisons : son accent qui pouvait le trahir, en cas de fouille au corps et la circoncision. Ben M’hidi avait donc remplacé Boussouf qui était prévu à cette réunion.

La même source ajoute que «Abane, multipliant les itinéraires, les rendez-vous manqués, entretenant les incertitudes sur la tenue, puis, enfin, allant à cette réunion sans les avertir, leur signifiait de la sorte qu’il ne voyait aucune utilité à leur présence, ou, du moins, qu’il pouvait s’en passer». L’absence des délégués de l’extérieur et l’adoption du fondement de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur avaient fini par provoquer une crise au sein de la direction de la révolution. Certains voyaient d’un bon œil cette absence, en ce sens qu’elle avait diminué les antagonismes entre les membres réunis à
la Soummam. On relève en outre que Lakhdar Bentobbal n’aurait assisté à cette réunion qu’à titre exceptionnel (Mabrouk Belhocine – Courrier Alger Le Caire, page 51 et Mahfoud Kaddache, Et l’Algérie se libéra 1954-1962, page 48) alors qu’il est cité comme membre de plein droit en tant qu’adjoint de Zighoud dans la correspondance de Abane en date du 3 avril 1956.

En revanche, Ouamrane n’était pas prévu parmi les invités. La discussion de sa participation demandée par Krim a créé une friction entre Abane, qui était pour, et Bentobbal, qui était contre. Ce premier incident a été pour beaucoup dans l’animosité future entre les deux hommes. Aussi, il n’était en aucun cas question de la participation de Ali Mellah (Cherif) puisqu’il n’avait aucune existence légale ou reconnue de cette zone avant la réunion. Elle n’a été intégrée dans la structuration officielle de la révolution qu’après le congrès de
la Soummam. Cette partie du territoire occupée par les forces de Bellounis, se revendiquant du Mouvement national algérien de Messali Hadj et bénéficiant de l’appui officiel des autorités françaises et de leurs troupes, était à cheval sur les 3 zones (wilayas I, III et IV). Aussi, des forces de l’ALN des zones 3 et 4 ont été dépêchées pour détruire ces maquis ennemis. La zone 1, confrontée elle-même à des problèmes, n’avait pas envoyé de troupes. La participation de
la Fédération de France n’était pas prévue, puisqu’elle était elle-même l’objet d’un litige de responsabilité entre Abane et Boudiaf.

EVIAND’autres chefs de la révolution, notamment les «Six», qui se sont donné rendez-vous, n’ont pas pu se rencontrer. Didouche Mourad meurt le 12 janvier dans un combat face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la frontière tuniso-libyenne en se rendant au Caire afin d’activer l’entrée des armes promises. Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter les armes et d’organiser leur acheminement en Algérie. Rabah Bitat est arrêté en mars 1955. Ouamrane lui succède à la tête de la zone 4 et confie, en accord avec Krim Belkacem, la responsabilité d’Alger à Abane.

La réunion a débuté le lundi 20 août 1956 à 8h. Dès le début des discussions, des «accrochages» et des récriminations mutuelles surgirent entre les membres. La première mise au point a été faite par Larbi Ben M’hidi suite à une introduction de Abane le présentant comme le mandataire de l’extérieur étant donné qu’il venait juste de quitter les frères du  Caire : «Je ne suis pas mandaté par les frères du Caire, je suis uniquement le responsable de la zone 5.» Une ambiance sereine s’étant établie le deuxième jour, chaque chef de zone  présenta un état de la situation : effectif des moudjahidine, armement, état d’esprit des combattants et de la population. Lors de leur séparation, le 11 septembre, les 6 délégués ont entériné les grandes lignes du texte de la plate-forme ainsi que la composante humaine des membres du CNRA.  

20 Août 1955—20 Août 1956-Deux dates, un tournant dans l’histoire

De Skikda à… Ifri

Deux dates marquantes dans l’histoire de notre pays, ce sont sans doute le 20 Août 1955 et le 20 Août 1956. Deux hommes clés dont la dimension militaire et politique va peser sur le devenir d’une Révolution en marche : Zighout Youcef et Abane Ramdane. Ce sera le point de non-retour d’une révolution populaire qui va être l’expression d’une stratégie et d’une théorisation doctrinale devant affermir le processus de libération d’une Algérie combattante.  

Algérie combattante. Au moment où nous fêtons le 53e anniversaire de
la Soummam, est-il besoin de situer dans le contexte historique le grand mouvement révolutionnaire déclenché par Zighout Youcef le 20 Août 1955 ? 

ZIGHOUT YOUCEFZighout Youcef :   le stratège, le juste ,  le rassembleur
Dès son jeune âge, alors natif de Smendou près de Constantine, un 8 février 1921, fils de Saïd et de Amina Bent Mohamed Fayrane, Zighout Youcef, depuis la forge du colon Paul Bernel, à l’école coranique en passant par l’école coloniale française où il subit avec succès l’examen du CEP, sera à 17 ans, responsable des scouts au groupe Anasr de son village.
Il prit conscience de la réalité politique et sociale de son peuple et s’engage dès 1938 dans les rangs du PPA puis du MTLD en réussissant les municipales de 1947 en tant que vice-maire. Zighout Youcef s’embarque définitivement dans
la Révolution en s’affiliant clandestinement dans l’Organisation spéciale en 1948 et sera bientôt fait prisonnier en 1950, lorsque l’Organisation spéciale (l’OS) sera démantelée par les forces coloniales. Il s’évadera alors de la prison de Annaba en fabriquant des clés qui ouvrent les portes de la prison, accompagné de plusieurs détenus. Il prit contact avec le maquis des Aurès dès le 21 juin 1951, et le 23 mars 1954 il est membre du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action). Il assistera à El Madania à Alger en 1954, à la réunion du groupe des 22 qui déclencheront la révolution.
Présent le 1er Novembre 1954 à Smendou en tant qu’adjoint de Didouche Mourad, commandant de la mintaqa Constantinoise, ils seront pris dans un accrochage le 18 janvier 1955 à Oued Boukarkar, Didouche Mourad, décéda avec sept de ses djounoud et Zighout Youcef sera à la tête de la mintaqa nord constantinoise.
Tête pensante des opérations du 20 Août 1955, il y conduira la délégation de la mintaqa au Congrès de
la Soummam, composée de Ali Kafi, Lakhdar Ben-Tobal, Brahim Mezhoudi, Hocine Rouibah et Mostefa Benaouda.
Il sera élu membre du CNRA et revint le 20 septembre 1956 à El Milia, puis partira immédiatement dans les Aurès en vue de vulgariser les textes de
la Soummam. Il tomba au champ d’honneur le 23 septembre 1956, avec trois de ses djounoud dans un accrochage près de Sidi Mezghich, au lieu dit El-Kherba.
Zighout Youcef sera à la fois le stratège militaire et le théoricien de la guérilla. Homme très humble, pieux, d’une bonté inégalée, il restera un chef respecté jusqu’à sa mort. Le 20 Août 1955, dont il est l’artisan, est un deuxième Novembre qui mettra la locomotive de
la Révolution sur de bons rails. 

Les différentes  offensives du 20 Août 1955
Les Aurès étant quadrillés par les troupes coloniales, Chihani Bachir prit contact avec Zighout Youcef pour desserrer l’étau dans la région d’El-Kahina.
Il fallait faire diversion sur l’ennemi et impliquer le peuple dans cette guerre de libération. La cause algérienne a connu un vif succès lors de
la Conférence de Bandoeng, l’opinion internationale est sensibilisée du bien-fondé de notre lutte. Zighout Youcef voulait faire coïncider les offensives contre le colonialisme en usant de ce courant de sympathie au plan international, notamment à l’occasion du premier anniversaire de la déportation du roi Mohamed V exilé à Madagascar, et y impliquer les peuples du Maghreb arabe.  Le 20 Août 1955 est également le nouvel an hégirien 1375 et jour de permission pour les soldats français, puisque c’est le jour de samedi.
Après d’ultimes préparaifs dans le lieu appelé Boussatour près de Sidi Mezghich, au sud-ouest de Skikda, puis au lieu-dit Zaman, actuel village de Bouchata, les groupes formés pour les opérations se sont dispersés le 19 juillet 1955. Un accrochage eut lieu où tombèrent deux chouhada, il s’agit de Nafir Mahmoud et Hadj Kasentini, alias El Almani.
Zighout Youcef s’installa alors dans la maison de Rabah Younès dit Ramdane dans une casemate  de 16 m2 où il mit les armes et les documents dans ce lieu sûr.
C’est au Koudiat Daoud où se tient la réunion de préparation du 20 août 1955 que chacun des responsables du groupe a reçu les dernières recommandations et instructions.  Dans le secret le plus total, participent à cette réunion Lakhdar Ben-Tobal, dit Si Abdellah, Amar Benaouda, Ali Kafi, Messaoud Boudjeriou dit Si Messaoud El-Kasentini, Salah Boubnider dit Saout El-Arab, Bachir Boukadoum, Amar Chetaïbi, Mohamed Raouaï et d’autres. Pendant une semaine, du 23 juillet jusqu’à la fin du mois, la réunion a porté sur la situation générale de
la Révolution tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Tout était prêt pour engager l’offensive contre des cibles militaires et économiques du colonialisme. 

Mettez
la Révolution entre les mains du  peuple,  il s’en chargeraCOLONEL AMIROUCHE

Après avoir  revu les objectifs politiques, militaires et psychologiques, les capacités de
la Révolution de s’organiser et de planifier l’offensive le  20  août 1955 à 12 h est possible.  Ce fut à Skikda, plus de 3.800 djounoud sous la direction de Smaïn Ziguet, de Amor Bourkaïb et Mohamed Mehri dit le Colonel, qui engagèrent l’offensive sur un certain nombre de positions dans la ville de Skikda.
A Collo, c’est Amar Chetaïbi avec 234 djounoud qui dirigera les opérations.
A El Milia, c’est Lakhdar Bentobal et Messaoud Boualia. A Smendou, c’est Bachir Boukadoum et Abdelmadjid Kahleras qui prendront la direction des opérations avec plus de 350 djounoud.
 A Constantine, c’est Zighout Youcef en personne qui s’installera dès le 17 août 1955 et dirigera à la tête des 500 djounoud les opérations dans la ville de Constantine. D’autres opérations auront lieu à Ouled Hebara, à Guelma, à Oued Zenati, à Sidi Mezghich, à Taher, à Annaba, à Azzaba où plus de 1.000 djounoud participeront aux opérations en plein jour.
A Aïn Abid, des opérations ont touché la gendarmerie, la mairie et les PTT.
La réaction de la part des hordes coloniales vint immédiatement par un génocide de plus d’un millier et demi de chouhada tués collectivement d’une manière sauvage et enterrés dans des fosses communes.
Dans la revue El Djeïch Nº 80, on parle de 16.000 morts du côté des moudjahidine pour toutes les opérations d’offensive, alors que Si Ali Kafi déclare le chiffre de 13.000 personnes tuées, si on évalue le rapport des nahiyate.   Du côté de l’ennemi, les pertes sont énormes au plan matériel et humain.
La presse coloniale déclare le chiffre de 1.273 morts du côté algérien et 211 blessés.
Durant tout le mois d’août 1955,
la France a redoublé de férocité contre le peuple algérien et tout le Nord Constantinois fut passé au peigne fin par les services de renseignements et de nombreux militants furent torturés. En conclusion de ce 20 Août 1955, on peut dire que
la Révolution a connu une étape nouvelle, celle d’être soutenue entièrement par le peuple et un retentissement international puisque de nombreux messages de sympathie et de soutien ont été adressés aux   délégations du FLN à l’extérieur. 
Ce fut l’Irak, l’Egypte,
la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, l’Inde,
la Chine et même les USA qui ont manifesté leur soutien à la cause algérienne.   Sans nul doute, le 20 août 1955 aura été le ferment d’une Révolution en marche qui va une année après théoriser sa plate-forme politique et militaire à l’occasion du Congrès de
la Soummam dont le maître d’œuvre sera le chahid Abane Ramdane.
La Révolution a connu un élan sans précédent après les opérations du 20 Août 1955.
De plus en plus, on sentait la nécessité d’organiser les structures et les instances dans un cadre unifié de
la Révolution.
Les partis traditionnels ont échoué dans la manière de mener le combat populaire d’une manière dispersée face à un gouvernement français de plus en plus soutenu par les forces de l’OTAN. Il fallait penser à une stratégie d’organisation unifiée de
la Révolution et de l’action révolutionnaire aux plan national et international avec la mise en place de structures opérationnelles militaires, politiques, administratives et sociales sur la base d’un document final qui sera appelé le texte de la plate-forme de
la Soummam. 

KRIM BELKACEMLe Congrès de la  Soummam ou la fin des utopies  des politiques traditionnelles
Cette action, en plus des chefs des mintaqas, revint à Abane Ramdane pour la mise en forme des textes qui engageront toutes les parties à travers la tenue d’un congrès constitutif de
la Révolution.
La date et le lieu de ce congrès devaient être arrêtés d’un commun accord d’autant que le 20 Août 1956 allait coïncider avec l’assemblée générale de l’ONU.
Quant au lieu de la tenue du congrès, il y a eu quelques divergences : en premier lieu, ce fut Djebel Béni Salah près de Souk Ahras ensuite l’idée fut admise pour que le congrès se tienne dans la région de Zarroura à l’Ouest de Skikda mais les conditions sécuritaires et d’approvisionnement ne s’y prêtaient pas. La décision fut prise alors de tenir le congrès dans la mintaqa III, qui est le centre du pays pour permettre à tous les congressistes d’être présents. Le congrès se tiendra bel et bien dans la région de
la Soummam près du douar dit Ouzellaguen qui se trouve sur Djebel Azrou à côté de Oued Soummam. C’est une région très protégée naturellement qui permit de tenir dans des conditions sécuritaires normales le congrès de
la Soummam. Il faut dire que les avant-projets de textes étaient prêts dès le mois de mai 1956 dans un lieu sûr au Djurdjura. Une délégation des Aurès devait ramener les documents, mais tomba dans un accrochage près de Tazmalt, occasion qui permit aux forces coloniales de saisir les textes. Fort heureusement, ni le lieu ni la date du congrès ne sont imprimés sur les textes, laissant penser à l’ennemi que le congrès eut déjà lieu à Tazmalt. Un quadrillage systématique dirigé par le général Dufour balaya la région où plusieurs chahids tombèrent au champ de bataille. Il faut dire que la tenue du congrès est restée du domaine confidentiel et seuls quelques rares responsables connaissent la date exacte et le lieu des assises.

congre de la soumamLe congrès se déroulera dès le  20 août 1956  et participèrent pour  la Mintaqa Deux
— Zighout Youcef, Ali Kafi, Lakhdar  Bentobal et Brahim Mezhoudi, Hocine Rouibah, Mostefa Benaouda.
— Pour
la Mintaqa Trois : Krim Belkacem, Amirouche, Mohamedi Saïd.
— Pour
la Mintaqa Quatre : Si Mohamed Bougerra, Amor Ouamrane, Si Saddek.
— Pour
la Mintaqa Cinq : Larbi Ben M’Hidi.
— Pour
la Zone autonome d’Alger : Abane Ramdane et Si Chérif.
La délégation des Aurès n’a pas pu arriver à temps pour assister au congrès du fait de la mort de Si Mostefa Ben Boulaïd, mais il semblerait que selon le rapport régional de
la Wilaya I des Aurès, il y ait eu deux délégations devant participer au Congrès de
la Soummam au nom des Aurès, l’une dirigée par Amor Ben Boulaïd, comprenant Ali Ramli Mostefa Ahmed Kada, Saïd Bouradi et Ali Mechiche, tandis que la deuxième devait être dirigée par Hihi El Mekki et comprenant Mohamed El Amoudi, Ahmed Nouaoura, El Hadj Lakhdar, Amar Ben Aggoun et Brahim Kabouya ainsi que d’autres moudjahidine.
La délégation extérieure du FLN n’a pas pu rejoindre, pour des raisons sécuritaires, le Congrès, celui-ci démarra le 13 août 1956 présidé par Larbi Ben M’hidi et dont le secrétariat fut confié à Abane Ramdane, dans le village de Timlioun. Mais les congressistes devaient changer chaque fois de lieu parmi les cinq retenus. Le congrès dura une quinzaine de jours dont l’ordre du jour fut : 

1) Etude et discussion des rapports des Manatiq aux plans militaire, politique et financier.
2) Organisation des structures et des instances directionnelles de
la Révolution (nominations et grades).
3) Création des Commissariats politiques et des Assemblées populaires.
4) Doctrines, statuts, règlements intérieurs et instances de direction du FLN.
5) L’ALN : Moudjahed, Moussabel, Fidaï, etc.
6) Relations entre FLN et ALN.
7) Rapport entre intérieur et extérieur.
8) Recherche d’une politique de relation internationale et d’une coopération intermaghrébine, notamment avec
la Tunisie et le Maroc,
la France et l’ONU.
9) La logistique et l’armement et faits divers.
Parmi les grandes décisions du Congrès de
la Soummam :
Au plan politique, nouvelle dénomination des Manatiq en Wilayas historiques qui sont : Wilaya I des Aurès Nmemcha, Wilaya II le Nord Constantinois, Wilaya III région de Kabylie,
la Zone autonome d’Alger,  Wilaya IV l’Algérois, Wilaya  V région d’Oran, wilaya  VI celle du Sud.
Idée de la direction collégiale pour toutes les instances de
la Révolution.
Définition du programme politique au plan interne et externe du FLN. Libération totale du pays et création de l’Etat algérien démocratique et social dont la politique extérieure est la non-ingérence dans les affaires d’autrui et le respect de l’intérêt mutuel.
Un CNRA a été élu, composé de 34 membres, 17 permanents et 17 additifs. Il s’agit de Mostefa Ben Boulaïd, Zighout Youcef, Krim Belkacem, Amor Ouamrane, Mohamed Larbi Ben M’Hidi, Rabah Bitat, Ahmed Ben Bella, Mohamed Lamine Debaghine, Ferhat  Abbès, Abane Ramdane, Youcef Benkhedda, Aïssat Idir, Mohamed Boudiaf, Aït Ahmed Hocine, Mohamed Khider, Ahmed Taoufik El-Madani, M’Hamed Yazid.
 Pour les suppléants, il s’agit de :
Lakhdar Ben Tobal, Chihani Bachir, Slimane Oujlis, Abdelhafid Boussouf, Ali Mellah (Si-Cherif), Mohamed Seddik Benyahia, Mohamed El-Yajouri, Abdelmalek Temmam, M’Hamdi Saïd, Saad Dahlab, le représentant de l’UGTA, l’UGEMA, Tayeb Talbi, Abdelhamid Mehri, Ahmed Francis, Mezhoudi Brahim. Et un Comité de coordination et d’exécution (CCE) composé de cinq personnes fut choisi en raison de leur proximité d’Alger.
Il faut retenir de ce congrès historique deux orientations clés qui vont être le révélateur d’une conception politique de gestion d’un Etat. Il s’agira : 

1) Priorité de l’intérieur sur l’extérieur.
2) Priorité du politique sur le militaire.
En fait, la chronologie des faits marque une certaine approche des situations conflictuelle s dans la nature du pouvoir qui sera imposé au lendemain de l’Indépendance. A ceux qui savent discerner la contexture du Mouvement national de libération, c’est à l’ALN que revient la légitimité pour avoir engagé au nom du peuple le combat libérateur. Mais en fait, le couple ALN/FLN, qui est un et indivisible, est à la fois l’âme et le cœur d’un même corps de lutte. 
 Le congrès de
la Soummam aurait été le début d’une décantation et d’un rassemblement national  pour un même objectif, celui de la libération de notre pays quelles que soient les sensibilités présentes. Pour une fois la classe politique trouva une plate-forme commune, les mêmes objectifs et les mêmes idéaux qui les réunissent.
Celui d’une Algérie unie et indivisible.
Une Algérie moderne et respectueuse de ses valeurs ancestrales. Lorsqu’un Ben M’Hidi, un Abane Ramdane et un Zighout Youcef, tous morts pour que vive l’Algérie indépendante, étaient à la fois les penseurs et les organisateurs, les sillons de la bonne récolte était sûrs. 
Le rendez-vous du 3e millénaire est à notre portée pourvu que chacun y mette du sien pour redresser notre pays dans la voie du salut et de la fraternité. 

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